Suivi environnemental : la contribution du CEFE-CNRS

28/09/2016 | L'environnement

Pour réaliser l’étude d’impact environnementale qu’elle soumettra aux services de l’Etat, puis réaliser un suivi de l’impact du parc sur l’environnement, Eoliennes en Mer Iles d’Yeu et de Noirmoutier (EMYN) a fait appel à des laboratoires de recherche et leurs experts, afin de solliciter leurs meilleures solutions techniques et bénéficier de leur expertise.

C’est dans ce cadre qu’EMYN travaille avec David Grémillet, du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE-CNRS) à Montpellier.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous parler de la structure dans laquelle vous travaillez ?

Photo de David Grémillet, employé au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE-CNRS) à Montpellier

Copyright Bénédicte Martin

Je travaille au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, un laboratoire de recherche de 300 personnes situé à Montpellier et affilié au CNRS. Au sein de notre unité, mon but est de comprendre le fonctionnement écologique des oiseaux marins dans leur environnement. En effet, je suis moi-même océanographe de formation : j’étudie donc l’écologie des oiseaux avec l’œil du biologiste marin.

Mes activités de recherche portent principalement sur la zone Atlantique, de l’Arctique jusqu’à l’Afrique australe, en passant par les côtes françaises. Je m’intéresse particulièrement aux oiseaux migrants vers l’Afrique de l’Ouest et je suis chercheur associé à l’université du Cap en Afrique du Sud.

Ma spécialité principale est l’écologie spatiale des oiseaux marins : j’étudie leurs mouvements, leur distribution en mer grâce à des appareils électroniques qui enregistrent leur position GPS, leurs mouvements en trois dimensions. Ce domaine est en pleine expansion : les progrès rapides des méthodes électroniques permettent une véritable exploration des mouvements des oiseaux en mer.

Pourquoi la société Eoliennes en Mer Îles d’Yeu et de Noirmoutier (EMYN) vous a-t-elle contacté ?

Notre laboratoire est l’un des leaders mondiaux pour l’étude des mouvements de la faune sauvage et nous avons une expertise de plus de vingt ans dans ce domaine. Nous travaillons sur la mise en place d’un grand nombre de suivis qui permettent de définir les habitats marins des oiseaux. En effet, ces prédateurs se reproduisent à terre mais passent la majeure partie de leur vie en mer où ils vont se nourrir.

Dans le cas des projets de parcs éoliens, il est essentiel d’identifier les espèces susceptibles de traverser les zones d’implantation des parcs et de s’y alimenter. Nous avons justement une longue expérience sur ce type de travaux et un long historique de collaboration avec les organismes d’Etat qui s’intéressent aux environnements marins, comme l’Agence des aires marines protégées. C’est dans le cadre du suivi des impacts qu’EMYN nous a contactés.

Sur quel volet environnemental le projet de collaboration en cours de discussion porte-t-il ?

Durant chaque phase du projet, le maître d’ouvrage prend des mesures pour éviter, réduire et le cas échéant compenser les impacts du parc éolien sur l’environnement. Ces mesures doivent alors être suivies afin de s’assurer de leur efficacité. C’est dans ce cadre que nous interviendrons, en établissant un suivi des impacts potentiels du parc éolien sur les habitats marins des oiseaux.

Les espèces ont été choisies en fonction de leur sensibilité à l’éolien en mer, leur présence sur la zone du parc, leur statut de conservation et la facilité et possibilité d’accéder et de capturer les individus. Il s’agira donc d’équiper les espèces suivantes : le goéland brun, le goéland argenté, le goéland marin, et le puffin des Baléares.

Sur ces communautés d’oiseaux marins, des individus nicheurs seront équipés d’une balise GPS sur plusieurs années (un an en phase de pré-construction, un an en phase d’exploitation). Les balises GPS transmettront les données de façon automatique et seront alimentées de manière solaire : ainsi nous aurons des données sur plusieurs mois et nous n’aurons pas besoin de reprendre les oiseaux durant l’étude. La taille de ces balises est bien sur dimensionnée et adaptée à chaque espèce afin de ne pas les gêner dans leurs déplacements.

Les données fournies par les balises permettront de connaître les mouvements des oiseaux en mer et définir de manière très fine comment ils utiliseront l’espace depuis l’arrivée du parc éolien. Sur cette base, des cartes d’habitats marins seront établies pour chaque espèce. Elles définiront les zones d’importances pour les espèces, permettront de prédire leur distribution dans le temps et de suivre l’impact du parc éolien sur la répartition des populations.

Photo prise pour expliquer les travaux de la société Eoliennes en Mer Îles d'Yeu et de Noirmoutier sur le suivi des impacts potentiels du parc éolien sur les habitats marins des oiseaux

Copyright Fotolia

Avec qui avez-vous répondu à ce projet ?

Au sein du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE), je travaille avec Aurélien Besnard, qui est affilié à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE).

Par ailleurs, une des forces de notre projet est le partenariat déjà existant avec l’association Bretagne Vivante, très impliquée sur la façade atlantique, avec laquelle nous collaborons depuis de nombreuses années. Matthieu Fortin (Bretagne Vivante) travaille d’ores et déjà sur le projet des îles d’Yeu et de Noirmoutier dans le cadre de l’étude d’impact environnementale. Il connait donc très bien le projet et la zone d’implantation, ce qui est un atout non négligeable. Il aura en charge des travaux de terrain, les données étant par la suite analysées au CEFE à Montpellier.

Pouvez-nous nous décrire les bénéfices d’associer les universités à des projets éoliens en mer ?

EMYN bénéficiera de notre très longue expérience et de notre expertise dans le domaine de l’écologie spatiale des oiseaux marins, tant d’un point de vue technologique et analytique, qu’au niveau des partenariats avec les ONG sur le terrain. Cette expertise acquise au fil des ans, dans le cadre de recherches fondamentales, sera mise à profit dans le cadre d’une recherche plus appliquée. Dans le même temps, ce travail contribuera à une meilleure connaissance du fonctionnement écologique des environnements marins côtiers et ouvre la porte à des partenariats entre le monde université et le monde de l’entreprise.

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