Comprendre le bruit sous-marin à Yeu et Noirmoutier

23/02/2016 | L'environnement, Les actus et l'édito

Entretien avec Thomas Folegot, directeur du cabinet Quiet Oceans, expert en acoustique sous-marine.

 Thomas Folegot, vous êtes en charge de la réalisation des études sur l’acoustique sous-marine pour le projet : quelles sont les caractéristiques de la zone du projet de parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier en termes de bruits sous-marins ?

La notion de bruit sous-marin est très subtile puisque tous les bruits sous-marins se mélangent : vous pouvez entendre tour à tour une majorité de bruits naturels, puis un bateau qui passe et qui dominera tous les autres bruits, ou encore un groupe de dauphins…

Le bruit est également variable en fonction des saisons. La propagation du bruit sous l’eau dépend notamment de la température et de la salinité de l’eau. Cela fait entre autre partie du travail de Quiet-Oceans que d’effectuer des statistiques afin d’évaluer toutes les possibilités.

Selon nos premières études, les bruits liés à l’activité humaine sont relativement limités sur la zone du projet des îles d’Yeu et de Noirmoutier. Au contraire, le bruit naturel y est significatif car le site est ouvert sur l’océan Atlantique. Les bruits biologiques sont, quant à eux, toujours en cours d’étude.

Quels sont les principaux enjeux relatifs à l’acoustique sous-marine?

Il est scientifiquement et politiquement reconnu que le bruit des activités en mer a un impact sur la faune marine. L’enjeu principal sur ces espèces est donc de limiter les perturbations, notamment lors de la phase de construction, et également durant les phases d’exploitation et de démantèlement du parc éolien.

Nous évaluons donc tous les gradients d’impact possibles : de l’impact nul jusqu’aux dommages physiologiques irréversibles. Le sens de l’ouïe est parfois très développé pour les mammifères marins. Altérer le bruit de fond a donc un impact sur leur mode de vie. L’étude en cours vise à le déterminer et à le prendre en compte pour éviter et réduire au maximum les impacts liés au projet.

Photo de l'Hydrophone déployé par Quiet Oceans

Hydrophone déployé par Quiet Oceans

En quoi consistent les études actuellement en cours pour le projet des îles d’Yeu et de Noirmoutier ?

 Nos études ont pour objectif de définir l’empreinte sonore sous-marine du projet, c’est-à-dire l’impact et l’étendue géographique dans laquelle le bruit généré par le projet en phase de construction et d’exploitation va être perçu par les espèces marines qui vivent dans la zone.

Pour cela, nous posons des hydrophones sur le fond marin. Ces hydrophones enregistrent pendant plusieurs mois en continu les bruits sous-marins en présence. Nous récupérons ensuite l’ensemble des données enregistrées pour savoir quels sont les niveaux de bruit dans la zone et créer une carte du bruit qui reflète la réalité du terrain.

Nous pouvons également extraire de ces instruments les bruits biologiques enregistrés afin de déterminer quelles espèces fréquentent la zone. Ces données seront partagées et confrontées avec les relevés des bureaux d’études réalisant les campagnes d’observation des mammifères marins par bateau ou avion.

Quelles sont les difficultés de ce type d’études ?

Nous opérons dans le milieu maritime : la mer est un milieu hostile même lorsque l’on ne s’éloigne pas trop des côtes. Notre activité est très sensible aux aléas météorologiques, d’autant plus que nous dépendons d’une logistique imposante : nous utilisons des navires équipés de grues, de cages etc., qui nécessitent des conditions de sécurité optimales.

En amont, nous mettons également en place un processus de concertation avec les acteurs concernés par nos opérations afin que nos protocoles d’intervention n’interfèrent pas avec leurs activités (par exemple les pêcheurs de la zone).

 Quelles mesures peuvent être prises pour réduire ces impacts ?

C’est durant la phase d’installation que les émissions sonores générées sont les plus importantes.

Il existe deux grands types de mesures pour gérer ces impacts :

  • Les mesures d’évitement, pour définir une zone de sécurité afin d’éviter qu’une espèce y pénètre pendant les travaux. Par exemple, l’hydrophone écoute les bruits et l’on s’assure qu’une demie heure avant le début des travaux aucune espèce n’est présente dans la zone. Nous pouvons également démarrer progressivement les travaux, en augmentant peu à peu le bruit pour que le dérangement généré par ce dernier incite l’espèce à s’éloigner et donc à éviter la zone d’impact ;
  • Les mesures de réduction : en ayant recours à des solutions techniques qui introduisent moins de bruit dans le milieu. Par exemple, au moment de l’installation des fondations dans le fond marin, il est possible de recourir à un rideau de bulles pour absorber les ondes acoustiques qui émanent du forage du sol, technique envisagée pour installer les pieux des fondations jacket. Les pieux peuvent également être encapsulés dans une enceinte qui réduit et contient le bruit à leur niveau.

Crédits photo : Copyright EMYN

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